Cinq ans après le lancement des enquêtes, la lutte contre la corruption au point mort

palais justice

Près de cinq ans après l’éclatement des scandales de l’autoroute Est-Ouest et de Sonatrach, les enquêtes anticorruption sont au point mort. Le gouvernement évite à chaque fois d’évoquer le sujet alors que la corruption prend de l’ampleur, touchant de nombreux secteurs.

Les groupes étrangers continuent de verser des commissions pour obtenir des marchés et surtout pour se faire payer les factures des travaux déjà réalisés. Une nouvelle forme de corruption s’est même développée ces derniers mois. Les paiements sont volontairement bloqués par l’administration. Les groupes étrangers concernés sont alors approchés par des intermédiaires. En échange d’une commission, les sommes dues sont débloqués.

Depuis quelques mois, le sujet est devenu presque tabou en haut lieu. Les services de sécurité n’enquêtent plus et les dossiers déjà entre les mains de la justice ne progressent plus. Même le président Bouteflika a quasiment cessé de parler de la lutte contre la corruption et les ministres évitent d’évoquer le sujet argumentant, à chaque fois, qu’ils ne s’immiscent pas dans le travail de la justice. « Si tu parles de la lutte contre la corruption, tu deviens l’homme à abattre », reconnaît un haut responsable.

Depuis l’annonce, en août 2013 par le procureur général d’Alger Belkacem Zeghmati, du lancement de neuf mandats contre des personnes soupçonnées d’implication dans le scandale de Sonatrach, la justice garde le silence. Même les fuites qu’organisaient les magistrats et les services de sécurité pour communiquer dans la presse ont cessé. Aucune des personnes recherchées dans le cadre des enquêtes sur la corruption n’a été arrêtée.

Interpol n’a délivré aucun mandat d’arrêt contre les présumés coupables à la demande de la justice algérienne. Et l’opacité continue d’entourer les différentes commissions rogatoires lancées par la justice algérienne dans le cadre de ces affaires. Les Algériens sont réduits à espérer des progrès dans les enquêtes lancées à l’étranger, notamment en Italie (Saipem).

La corruption s’est banalisée, ce qui suscite des interrogations sur l’existence d’une volonté politique de lutter contre ce phénomène. Le lancement, fin 2009 par le DRS, des enquêtes anticorruption ne faisait pas l’unanimité au sommet de l’État. Comme elles visaient surtout les proches du Président, ces enquêtes semblaient plutôt obéir à une logique de lutte de clans qu’à une réelle volonté de lutter contre ce phénomène. Aujourd’hui, le dossier est enterré.


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