La communication boiteuse du P-DG d’Air Algérie et les calculs de Amar Ghoul

ghoul-boultif

Mohamed Salah Boultif est sorti une nouvelle fois, ce lundi 8 septembre, de sa réserve pour tenter de minimiser les problèmes que rencontre Air Algérie.

En bon élève qui vient de découvrir les vertus de la communication, il est intervenu sur les ondes de la Chaîne III de la radio publique pour répéter les mêmes éléments de langage, appris par cœur.

Depuis le début de la crise, le P-DG d’Air Algérie évite soigneusement les conférences de presse pour ne pas affronter les questions des journalistes. Il préfère le cadre plus rassurant de l’entretien enregistré.

Sa stratégie de communication ? Très simple : Air Algérie est victime d’un complot de la concurrence qui utilise une « certaine presse » pour discréditer la compagnie nationale, dont les résultats opérationnels ne cessent de s’améliorer grâce au management de M. Boultif.

C’est peu crédible dans un contexte où les problèmes persistent depuis plusieurs semaines, mais le P-DG d’Air Algérie semble y tenir. Sauf que Mohamed Salah Boultif oublie qu’une communication de crise ne peut pas s’appuyer uniquement sur des éléments de langage, même bien préparés avec des experts en communication. Pour convaincre, le P-DG d’Air Algérie doit avancer des preuves concrètes qui vont appuyer ses affirmations.

D’abord concernant la qualité de son management. « Je ne vois pas comment peut-on mesurer une défaillance en management. Concernant le volet opérationnel, nous n’avons jamais dit que tout était parfait, il y a des problèmes de ponctualité et d’accueil. Mais nous avons consenti beaucoup d’efforts », se défend-il.

Pourquoi, dans ce contexte, M. Boultif ne rend-il pas publics les résultats financiers et opérationnels d’Air Algérie pour que les Algériens puissent apprécier ses « bonnes performances » ? Pourquoi cache-t-il les rapports des commissaires aux comptes qui pointent régulièrement des anomalies, comme par exemple, l’incapacité d’Air Algérie à recenser ses actifs à l’étranger ?

Ensuite, concernant les retards. Mohamed Salah Boultif les minimise quand il ne les réfute pas. Or, un simple tour sur le site Internet des Aéroports de Paris suffit au lecteur pour constater l’ampleur des retards d’Air Algérie. Inutile de parler des vols domestiques sur lesquels la compagnie nationale exerce un monopole total : parfois, les vols sont tout simplement annulés sans aucun préavis. « Statistiquement, on est passé en terme de ponctualité de 50 à 60%. En terme d’accueil des passagers, les choses sont en train de s’améliorer », affirme-t-il.

Comment peut-il quantifier l’amélioration de l’accueil des passagers ? À-t-il des données précises, fournies par un audit interne ou externe concernant cette « amélioration » ?

Enfin, Mohamed Salah Boultif a confirmé le lancement d’un audit interne par le ministère des Transports, confirmant les déclarations du ministre, Amar Ghoul. « Un audit est en cours. Il est le bienvenu car il vise à améliorer le travail au sein de la compagnie », estime-t-il. Mais ni le ministre ni le P-DG n’expliquent en quoi consiste cet « audit ».

Un audit est un terme vague qui peut concerner aussi bien la gestion de l’entreprise, les causes des derniers incidents, les raisons du crash, etc. Et, enfin, un audit n’a de sens que s’il est confié en toute transparence à un cabinet sérieux et reconnu, dont les recommandations seront, au moins en partie, appliquées pour redresser la compagnie.

Mais les enjeux sont ailleurs, loin des intérêts d’Air Algérie. Amar Ghoul a lancé cet audit avec l’espoir d’appuyer auprès du président Bouteflika sa demande, qui date de son arrivée au ministère des Transports, visant à limoger Mohamed Salah Boultif. Et ce dernier pense pouvoir gagner du temps grâce à cet audit, avec l’espoir de voir les problèmes de la compagnie en partie résolus.


Pour commenter nos articles, rendez-vous sur notre page Facebook,
en cliquant ici