Algérie – Maroc, une dangereuse dégradation

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Vingt ans. Vingt ans, presque une génération, que l’Algérie décidait la fermeture de sa frontière avec le Maroc, après que le Royaume ait décidé d’instaurer un visa pour les Algériens suite à un attentat dans un hôtel de Marrakech. Depuis, c’est la tension permanente entre Alger et Rabat, avec des accusations mutuelles.

Un nouvel incident, encore un, et c’est de nouveau la crise. Samedi Rabat a accusé les garde-frontières algériens d’avoir blessé un Marocain. L’ambassadeur d’Algérie au Maroc est convoqué par Rabat. Alger réfute ces accusations et dénonce des incidents fabriqués de « toutes pièces » par le Maroc. Le chargé d’Affaires marocain à Alger est à ton tour convoqué. Sur les réseaux sociaux, Algériens et Marocains prennent le relais des politiques. Ils s’invectivent et s’accusent mutuellement.

La multiplication des déclarations, peu amènes, de part et d’autre n’est pas de nature à créer un climat favorable à la « normalisation ». Il y a deux ans, pourtant, les relations entre les deux pays avaient connu un début de réchauffement, de l’aveu des responsables à Alger et à Rabat. Les visites ministérielles s’étaient multipliées entre les deux pays et on commençait même à évoquer une probable réouverture de la frontière.

Mais le réchauffement n’a duré que quelques mois. Des déclarations de responsables marocains sur le rôle de l’Algérie dans le dossier sahraoui ont fini par gâcher ce début de retrouvailles entre les deux voisins. La crise a atteint son sommet, il y a un an, le 1er novembre 2013, avec l’incident du drapeau du consulat d’Algérie à Casablanca, arraché par un manifestant.

Tout fonctionne comme si les deux voisins ne pouvaient plus se parler. Abdelaziz Rehabi, ancien ministre de la Communication et ex-ambassadeur en Espagne, s’interroge sur le fait de savoir s’il y a « encore des canaux de discussion avec nos frères marocains ». Jusque-là, ajoute-t-il, « Nous avons toujours privilégié des solutions locales, c’est la tradition de la diplomatie algérienne ». Pessimiste, il pense « Que l’on s’éloigne de la normalisation ».

Depuis, la perspective d’un rapprochement semble définitivement éloignée. Plus les années passent, plus la réconciliation entre Alger et Rabat semble compliquée, voire impossible. Des haines commencent à s’accumuler. Une perspective dangereuse pour les deux pays et pour toute la région.

Dans un contexte de chaos, l’Algérie et le Maroc sont, aujourd’hui, les deux pays les plus stables de la région. Ils peuvent avoir des différends mais ces différends ne doivent pas se transformer en conflit générateur d’instabilité. Compte tenu de la situation sécuritaire dans la région, les deux pays ont intérêt à renouer très vite un lien, même ténu, pour éviter que la dégradation n’emporte tout et tout le monde.


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