Vu de Paris : les ministres français en harmonie avec Alger, Tahar Benjelloun en agent d’influence marocain auprès de Hollande

Laurent Fabius ne dort que d’un œil. Voilà la seule information officielle réellement neuve à retirer du voyage du chef de la diplomatie française à Alger. Le ministre des Affaires étrangères français avait été filmé en pleine sieste officielle et l’image relayée par tous les médias français. Laurent Fabius a même dû reconnaitre qu’il lui arrivait de s’assoupir durant des réunions officielles. Mais toujours d’un œil, a-t-il précisé beau joueur. En réalité, le déplacement du titulaire du Quai d’Orsay était la deuxième visite en quinze jours d’un poids lourd du gouvernement français après la venue à Alger de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense. Alger est redevenu une destination-phare pour la France. Ce qui est en cause n’est pas simplement pour la France de retrouver sa place de premier partenaire économique, aujourd’hui, disputé par la Chine.

En réalité, Alger, en raison de sa géographie et de son histoire, se trouve au confluent de toutes les crises régionales et c’est ce dont témoignent les ministres français chacun dans son domaine de compétence. Acteur de la paix au Mali, Alger est également impliqué dans la situation qui prévaut à sa frontière libyenne. El Watan puis Le Nouvel Observateur ont annoncé l’engagement de forces spéciales algériennes en territoire libyen avec l’appui des forces américaines. Il se murmure que les forces françaises pourraient également être engagées dans ces combats anonymes que les États ne revendiquent jamais, ces opérations clandestines qui ont vocation à frapper des objectifs militaires précis.

Pareil engagement de l’Algérie serait effectivement une première dans cette zone où les frontières sont poreuses et où la Libye est en proie à une guerre intérieure qui inquiète les spécialistes. Le risque est de voir se former ce qui ressemble à un Djihadistan libyen à l’image de ce qui existe en Syrie et en Irak. Les autorités algériennes ont démenti l’implication en territoire libyen de ses soldats, mais un acteur du dossier rappelait opportunément la formule du dirigeant français Georges Clémenceau pour qui « on ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse ». Pour le coup, Alger est bel et bien engagé de longue date dans une guerre contre Aqmi et la nébuleuse djihadiste dont l’intensité a pris une nouvelle forme avec le délitement libyen. Autant dire que personne à Alger ne prendra le risque d’admettre que l’Algérie prend en ce moment sa part d’actions militaires dans une action conjuguée avec d’autres pays pour tenter d’endiguer le Djihadisme.

Reste que Paris et Alger auront donné, ces derniers temps, et sur d’autres dossiers l’image d’une harmonieuse lune de miel. Il est ainsi dès à présent prévu que le Premier ministre algérien se rende en France à la fin de l’année pour témoigner de l’avancement de la coopération entre les deux pays. D’ici là, les visites ministérielles françaises auront continué avec le dynamisme d’un nouvel ambassadeur, Bernard Emié, ancien conseiller diplomatique d’Alain Juppé et Jacques Chirac, surtout connu pour être un expert des pays arabes, même s’il arrive de Londres. Gageons que cet homme de l’art sera plus ouvert que son prédécesseur qu’Alger voit partir sans déplaisir.

Dans le même temps, les relations entre Paris et Rabat se sont singulièrement assombries suite à différents irritants qui ont donné lieu à la suspension des relations judiciaires entre les deux pays. Ainsi, le royaume chérifien fait-il donner ses affidés pour se plaindre officiellement de la conduite de la France face au Maroc. Le romancier Tahar Benjelloun a pris sa plume sur le site de l’hebdomadaire Le Point pour expliquer « la sensibilité marocaine à François Hollande ». Un long papier pour se plaindre du deux poids deux mesures dans le traitement réservé par la France à Alger et Rabat avec bien entendu la complainte larmoyante du romancier marocain.

On ne peut plus classiquement, Tahar Benjelloun propose l’hospitalité marocaine pour tenter d’amadouer François Hollande : « Prenez votre avion et rendez visite au roi, une visite de courtoisie et aussi de travail. Ne laissez pas la tension s’aggraver. Personne n’y a intérêt. Prenez deux jours de vacances, loin des tribulations des uns et des autres, loin des bruits et des mauvaises nouvelles », espère le petit télégraphiste de la relation franco-marocaine. Reste à voir si cela sera dans les semaines à venir suivi d’effet. Rien ne dit que François Hollande souhaitera décrocher son téléphone pour réchauffer les relations entre les deux pays. Bien des Algériens observent. Ravis.

 


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